Les secrets de la Rade de Brest
Le phénomène de brise
La première chose est de hiérarchiser l'influence locale des différents reliefs qui ceinturent le plan d'eau.
En effet ils conditionnent les boucles naissantes de brise.
Puis on se porte ensuite sur l'approche du massif armoricain qui constitue le juge de paix,
une fois le processus poussé à son terme.
Deux niveaux à considérer : le niveau hyper local et le niveau régional, avec une superposition
qui s'étire plus ou moins dans le temps en fonction des évolutions synoptiques qui peuvent contraindre
un scénario plus que l'autre.
Donc un processus d'une grande richesse avec bien peu d'équivalent sur nos côtes.
Aussi pour faciliter la lecture de ce phénomène, je me propose de le décliner en 5 phases pour illustrer
les différents stades de la brise.
Il est difficile de donner une lecture temporelle mais les lignes du processus sont là et les maîtriser
c'est un avantage certain dans la lecture du plan d'eau.
Illustration : le relief autour de la rade de Brest
Stade 1 : Début de journée
Deux approches :
Synoptique faible : on observe des résidus de brise nocturne avec des couloirs préférentiels.
Synoptique plus marqué : il subit les contraintes du relief, auxquelles s'ajoute le refroidissement nocturne
qui tend à en limiter son influence.
En exemple : un synoptique faible d'est ou de sud-est pour étudier ce stade n°1 :
nous observerons quelques branches résiduelles de brise nocturne avec des couloirs préférentiels comme l'Elorn
ou l'Aulne
.
Parfois, on peut observer des circulations de moindre importance au niveau de la Penfeld ou encore de la vallée de Saint Anne.
Dans tous les cas, le refroidissement nocturne sur le relief qui ceinture la rade pénalise ces petites circulations.
C'est encore plus flagrant au niveau de l'Anse du Poulmic où l'on perd entre 2 et 3°C par rapport au nord de la rade.
Stade 2 : Phase de croissance
Le réchauffement commence à produire ses premiers effets et apparaissent ici et là les premières circulations de brise locale.
Sur la rade
,
première circulation : celle qui s'appuie sur le centre urbain de Brest avec une branche au sud-sud-est faible,
flux tendant à prendre une direction sud-sud-ouest vers le Polder. Dans le Goulet, l'appel d'air amène une circulation
dans l'axe du goulet sans véritable dynamique.
Sur la presqu'île de Crozon, le réchauffement est plus rapide côté sud que côté nord.
La première circulation se met en place près de la plage des Abers (orientation sud-ouest),
puis au nord une circulation faible tend au nord-nord-est dans l'anse du Poulmic.
Cette convergence peut se matérialiser (air humide) par des cumulus
à terre, voire une ligne :
ils matérialisent la limite d'influence des deux flux. Phénomène observable à l'aéroport de Lanvéoc avec vents opposés.
En baie d'Audierne, le flux prend une composante ouest avec l'appui des Monts d'Arée.
En marge, sur la côte nord du Finistère, le flux prend une composante nord-nord-est un peu plus tard en fin de matinée.
Certes c'est loin, mais c'est le processus qui va dénouer le final.
Stade 3 : Extension horizontale
Milieu de journée (ou fin de matinée en situations favorables). Les boucles de brise se renforcent et pénètrent un peu plus à terre. Une hiérarchisation se met en place avec, dans la grande rade :
- Une brise de sud-ouest qui se maintient
- Au sud de la grande rade une tendance nord-ouest en appui sur Lanvéoc
On observe deux flux opposés
avec entre les deux une zone de transition (vent faible et erratique).
Sur la presqu'île de Crozon
,
la branche nord-ouest s'impose à Lanvéoc au détriment de la petite branche sud-ouest.
Au-delà de la rade : sur la côte nord du Finistère, le vent pénètre davantage en prenant de la droite au nord-est,
tandis qu'à l'ouest du Finistère la branche de brise à l'ouest se maintient.
Cette convergence peut se matérialiser par des cumulus à l'est de Saint Renan.
En baie de Douarnenez, la brise se renforce en O/NO et le front de brise pénètre un peu plus vers les Monts d'Arée.
Stade 4 : Boucle régionale
Fin d'après-midi : les brises au-delà du périmètre de la rade entrent en action.
Sur la rade :
le front de brise de la côte nord approche au nord de Brest et finit par couper l'alimentation de la branche au sud-ouest
observée jusque-là en rade
.
La brise de sud-ouest s'estompe au nord, tandis que subsistent quelques résidus (ex : le long de la pointe des Espagnols).
Le calme gagne le nord de la rade.
Plus au sud sur Lanvéoc, le nord-ouest se maintient
et le front progresse encore vers les Monts d'Arée : une dynamique s'impose en liaison avec le relief.
En baie de Douarnenez
,
même flux d'ouest nord-ouest en appui sur les Monts d'Arée.
Stade 5 : Processus final du cycle de brise
Le front de brise de la côte nord finit par s'engouffrer sur la rade et le vent retrouve une belle vélocité
en s'engageant dans les couloirs du relief qui traverse Brest du nord au sud.
Le nord nord-est
emprunte l'axe de la Penfeld et se généralise à l'ensemble de la rade.
En arrivant sur Lanvéoc
,
la transition s'effectue rapidement entre nord-ouest et nord / nord-est.
Le flux finit par se caler aussi dans l'axe de l'Elorn.
La presqu'île de Lanvéoc matérialise la limite de cette extension.
On observe parfois des débordements sur la plage des Abers / Gouline, mais en baie de Douarnenez
,
le flux au sud conserve en général sa dynamique nord-ouest.
Cette circulation traduit la finalité du processus, car au-delà le processus thermique lié à l'évolution diurne ne fonctionne plus.